Allocutions des dirigeants
Allocution de
Dawn Graham
Présidente
Merck Frosst Canada Ltée
Allocution devant la FIIM
La conformité : Une responsabilité essentielle
de l’industrie pharmaceutique
Montréal (Québec)
Le 26 mai 2008
Merci infiniment. Bonjour mesdames et messieurs.
Avant toute chose, je tiens à remercier la Fédération internationale de l’industrie du médicament de m’avoir invitée à prendre la parole à l’occasion de la Cinquième conférence du Réseau de conformité au code de la FIIM.
Bienvenue à Montréal, j’espère que vous pourrez profiter pleinement de notre ville et de ses excellents restaurants.
Je suis ravie que la FIIM ait décidé de tenir cette conférence dans ma ville natale et j’espère que vous apprécierez tous votre séjour à Montréal.
Vous vous demandez peut-être pourquoi quelqu’un de mon entreprise a été invité à prononcer le discours liminaire lors d’une réunion sur la conformité alors que nous avons souvent fait les manchettes dans les médias récemment. Je crois qu’on me l’a demandé parce que je suis bien placée pour vous parler de l’importance de la conformité et de la réputation.
Je suis ici aujourd’hui pour vous entretenir des efforts que déploie l’industrie pharmaceutique pour mener ses affaires de la manière la plus éthique qui soit et de l’importance critique que revêt la conformité dans tout ce que nous faisons. Cet engagement à l’égard de la conformité part bien sûr d’une vision d’excellence et d’une attention particulière aux meilleurs intérêts des patients. Nous accomplissons cela en respectant un ensemble de codes coordonnés dans le monde entier et en appliquant les mêmes règles à tous les marchés et à tous les patients, sans distinction.
Toutefois, malgré le formidable apport de l’industrie pharmaceutique au progrès humain, notamment la mise au point de médicaments miracles pour traiter des maladies dévastatrices comme le cancer, le SIDA et les cardiopathies, la tension monte entre l’industrie et le public. Notre industrie a fait l’objet d’une couverture médiatique constante relativement à une série d’enjeux, certains plus graves que d’autres, et d’attaques acerbes provenant d’un éventail de critiques, dont bon nombre appartiennent au domaine médical. D’ailleurs, lors d’une récente communication à l’intention des employés, Richard Clark, notre président du conseil d’administration et chef de la direction, a reconnu que « notre réputation l’empêche de dormir la nuit ». Bien sûr, l’industrie pharmaceutique n’est pas la seule à avoir connu une série de scandales ayant entraîné un resserrement de la réglementation en matière de déclaration. Si le scandale Enron nous a valu la loi Sarbanes-Oxley, nous devons, plus que jamais, être proactifs pour nous assurer de regagner la confiance de nos clients.
Les médecins, qui utilisent les innovations médicales mises au point par notre industrie pour traiter leurs patients, trônent au sommet de l’échelle de crédibilité dans les sondages menés dans les pays développés, alors que notre industrie vient loin derrière aux yeux de la population.
Le débat fait rage quant à la manière dont l’industrie pharmaceutique peut et devrait se comporter. Nous sommes confrontés à toute une série de dilemmes éthiques liés au comportement de l’industrie pharmaceutique.
Pour compliquer encore les choses, notre industrie est très fragmentée puisque la plus grande entreprise ne détient que 15 % du marché. Peu d’autres secteurs sont dans cette situation, ce qui rend notre travail encore plus ardu quand vient le temps d’harmoniser nos pratiques.
Que l’on parle de propriété intellectuelle et de protection des brevets, des exigences morales et économiques de la recherche et des essais cliniques, de tarification des médicaments ou de marketing et de publicité, il semble souvent y avoir deux camps : l’industrie d’un côté et le reste du monde de l’autre...
et il ne devrait pas en être ainsi!
Notre engagement envers les patients est authentique. Dans mon entreprise, George Merck a affirmé sur la page couverture du magazine Time en 1950 que « nous essayons de ne jamais oublier que les médicaments sont pour les gens et non pour les profits. Les profits suivent. Et que, si nous nous souvenions de cela, ils seraient toujours au rendez-vous. »
Ces paroles font sourire certaines personnes aujourd’hui, mais elles continuent de guider nos actes. Or, malgré cette volonté de toujours faire ce qui est dans l’intérêt des patients, nous sommes plus que jamais scrutés à la loupe.
Nous devons regagner la confiance des professionnels de la santé et des patients. Le spectre d’un resserrement de la réglementation gouvernementale est toujours présent et il importe que l’industrie pharmaceutique prenne les mesures appropriées pour s’assurer de demeurer une industrie autoréglementée.
Il s’agit là d’une conviction inébranlable de Dick Clark, notre président du conseil d’administration et chef de la direction, qui est maintenant à la tête de la PhRMA et qui a déclaré publiquement que Merck prenait les mesures appropriées pour que notre industrie demeure autoréglementée.
Le simple fait que nous ayons à demander à nos clients d’avoir confiance en nous trahit un problème. Et le retour de cette confiance se mesurera à l’aune de nos comportements.
Il est possible que, dans notre industrie, de nombreux cadres ne se sont guère soucié de ce que le public et les gouvernements pensaient de leurs entreprises respectives tant que leurs marques se vendaient et que leurs études étaient publiées.
Mais le monde a changé. La confiance compte et il très facile de la perdre du jour au lendemain. Les gens poseront des gestes négatifs guidés par leur méfiance à l’endroit des entreprises. Ils n’achèteront pas de produits d’entreprises auxquelles ils ne font pas confiance, ils exprimeront librement l’opinion négative qu’ils ont à propos de ces entreprises, ils s’opposeront à vos plans, choisiront de ne pas investir dans votre entreprise et, parfois même, manifesteront contre vous.
Par contre, la confiance influera sur le capital-marques d’une entreprise, le cours de ses actions et sa licence d’exploitation. Les clients ne payeront un prix supérieur pour vos produits que s’ils ont confiance en vous.
Vous me direz que personne n’inspire confiance de nos jours. Les gouvernements sont ceux qui inspirent le moins confiance dans la société et les entreprises s’en tirent beaucoup mieux. Il est intéressant de noter que la confiance envers les gouvernements, le milieu des affaires ou les institutions religieuses varie énormément d’un pays à un autre, révélant ainsi des particularités culturelles et sociales. Cependant, nous devons inspirer confiance dans chaque grand marché. Les attentes de la population varient également selon les caractéristiques démographiques. Ainsi, les représentants de la génération X et maintenant de la génération Y n’ont pas les mêmes attentes à l’égard des entreprises.
Alors, inspirons-nous confiance en tant qu’industrie?
Eh bien, au Canada, selon un sondage de Nanos Research, l’industrie pharmaceutique se situe au milieu du peloton. Les industries de haute technologie et des télécommunications sont jugées les plus dignes de confiance. Au bas de l’indice de confiance, on retrouve l’industrie pétrolière et l’industrie du tabac.
Un autre sondage mené à l’échelle mondiale par Edelman a donné sensiblement les mêmes résultats. Les entreprises de haute technologie sont celles qui inspirent le plus confiance et les entreprises pharmaceutiques se situent légèrement sous la moyenne, au même niveau que les banques. Les compagnies d’assurance occupent le bas du classement dans ce sondage. Les pays en développement semblent avoir plus confiance en notre industrie que les pays industrialisés. Peut-être sont-ils encore à même d’apprécier à sa juste valeur notre contribution à leur système de santé, tandis que les pays développés tiennent la disponibilité des produits pharmaceutiques pour acquise. Mondialement, le Canada a affiché l’un des plus bas scores avec 47 %, comparativement à 54 % pour les États-Unis. Je ne sais pas ce qui s’est passé au juste en Allemagne, mais, selon le sondage Edelman, seulement 29 % des Allemands ont confiance en notre industrie!
En matière de confiance, il est plus probable que les perceptions positives soient motivées par les produits de base – les médicaments – que produit l’industrie.
Les autres facteurs ayant une influence positive sur la confiance sont la satisfaction à l’égard des médicaments, la perception que l’industrie est réglementée et la recherche qui entre dans les nouveaux médicaments.
Le même sondage a montré que les facteurs ayant une influence négative sur la confiance dérivent du fait que les Canadiens considèrent l’industrie pharmaceutique comme étant axée sur les profits.
Le coût des médicaments et les perceptions liées au marketing de médicaments sont également des facteurs ayant une influence négative sur la confiance envers l’industrie pharmaceutique.
Au cours des 20 dernières années, notre industrie a émis de nombreuses versions de son code de conduite afin de mieux tenir compte du consensus qui prévalait. Même après avoir apporté de nombreuses améliorations à notre code de conduite au fil des ans, notre industrie est toujours perçue négativement. Cela n’est pas une raison pour ne pas nous réjouir des progrès que nous avons accomplis. Le fait est que nous avons réalisé des pas de géant en ce qui concerne nos pratiques de marketing. Mais il s’agit simplement d’un rappel que nous devons continuer de nous assurer que nos codes de conduite font toujours passer l’intérêt des patients avant tout et que nous sommes responsables de leur application.
Parce que l’une des meilleures façons de gagner la confiance de nos clients est de s’en tenir à une stricte conformité.
Cette conférence se penche sur les meilleures pratiques en matière de conformité et de code d’éthique.
Il est important que tous les intervenants comprennent que l’industrie pharmaceutique respecte des normes élevées d’éthique dans toutes ses interactions avec les professionnels de la santé, afin de favoriser, en définitive, de meilleurs soins aux patients. Ce n’est pas sans bonnes raisons que nous avons élaboré un solide cadre de travail en ce qui a trait aux modèles d’évaluation clinique, à la formation médicale continue, au soutien financier, aux cadeaux, aux activités de représentation, aux conseils consultatifs et à la promotion des produits. L’industrie a agi de manière coordonnée pour appliquer des règles et des principes similaires dans presque tous les marchés du monde.
Lorsque nous avons publié pour la première fois nos codes de conduite, de nombreux initiés de l’industrie ont probablement pensé que ces changements étaient difficiles. Mais de nos jours, ils font partie intégrante de la manière dont nous menons nos affaires. D’ailleurs, la plupart des entreprises ont maintenant un chef de la conformité. La conformité a toujours été un point d’honneur pour mon entreprise et nous avons travaillé en partenariat avec le comité de la conformité de Rx&D, l’association sectorielle au Canada, pour nous assurer que notre code de conduite canadien est en harmonie avec l’opinion publique canadienne.
Mais regardons les choses en face. Ce qui est parfaitement acceptable pour une personne est totalement intolérable pour une autre, et l’éthique est certainement un enjeu très subjectif. Et, en définitive, nous tentons de satisfaire les besoins de divers groupes ayant des valeurs conflictuelles.
Nos codes posent encore problèmes. Le plus grand selon moi est le fait que l’industrie pharmaceutique est réglementée par un code, alors que les médecins ont le leur. En conséquence, nous constatons souvent un décalage entre ce que nous pouvons faire et les attentes des intervenants. Je citerai pour exemple le dossier récurrent que connaissent peut-être les participants canadiens : en vertu de notre code, il est interdit de payer pour avoir accès aux médecins, mais certains médecins font preuve de créativité et demandent qu’on leur paye leur chambre d’hôtel dans le cadre d’activités de formation médicale...
Que pouvons-nous faire en tant qu’industrie pour nous améliorer? Nos mécanismes sont-il assez bons? L’opinion publique dit sans équivoque que non.
Cela constitue sans contredit une incitation à une plus grande transparence dans tout ce que nous faisons. Par exemple, Merck & Co. s’est engagée à mettre en oeuvre un système grâce auquel le public peut se renseigner sur les subventions accordées à certaines organisations de soins de santé américaines. Dans l’Union européenne, nous faisons également preuve de transparence, conformément au code de l’EFPIA, en divulguant les subventions accordées aux organismes de défense des droits des patients et en exigeant que les experts qui prennent la parole en public à la demande de Merck ou qui sont cités comme auteurs dans des publications concernant des études de Merck divulguent le fait qu’ils sont consultants auprès de Merck.
L’association australienne Medicines Australia a annoncé récemment la publication, par des entreprises membres et non membres, de rapports sur les activités de formation destinées aux professionnels de la santé et sur les activités de représentation connexes.
Voici les principaux résultats de cet exercice :
• Le rapport récapitulatif montre que 14 633 activités de formation destinées aux professionnels ont été tenues ou commanditées par 42 entreprises membres.
• Le coût total des activités, y compris les activités de représentation, les honoraires des conférenciers, les frais d’organisation, la location des emplacements et les frais connexes, s’est élevé à 31 millions de dollars.
• Le nombre total de participants a été de 385 221, avec des frais d’activités de représentation moyens de 43 $ par participant.
• Le comité de surveillance chez Deloitte a constaté que la majorité de ces activités de formation respectaient le code de conduite; toutefois, il a porté 52 d’entre elles à l’attention du Comité du code de conduite pour décision.
• Seulement 52 activités de formation sur plus de 14 000 ont donc été transmises aux fins d’enquête indépendante, ce qui signifie que plus de 99,6 % d’entre elles étaient conformes au code de conduite.
• Les entreprises trouvées coupables d’avoir enfreint le code de conduite sont passibles d’amendes pouvant aller jusqu’à 200 000 $ par infraction.
J’espère que nos pays respectifs peuvent se vanter d’atteindre un taux de conformité aussi élevé!
Mais vous conviendrez avec moi que nous ne sommes pas habitués à un tel degré de divulgation.
Le lobbying est une activité pour laquelle notre industrie s’est vue pointée du doigt récemment et de nombreux pays ont déjà promulgué des lois pour mieux l’encadrer.
Mais il ne faut pas non plus aller jusqu’à croire que toutes les critiques sont toujours justifiées et que nous devons toujours céder devant tous nos adversaires. Ainsi, est-il vrai que, si l’on retirait tout simplement la formation médicale continue à l’industrie, le contenu médical serait de meilleure qualité et objectif? Absolument pas.
Ceci dit, il n’y a pas place pour l’influence indue. Nous devons écouter ce que nous disent les intervenants.
Nous avons récemment mené un sondage sur les risques liés à la conformité au sein de mon entreprise et je dois dire qu’aucun des enjeux soulevés dans le sondage n’étaient ceux qui ont effectivement touché l’entreprise. Et, au cas où vous n’auriez pas surveillé l’actualité dernièrement, nous avons eu plus que notre part de couverture sensationnaliste. La leçon à en tirer est la suivante : nous devons faire attention à ne pas microgérer certains enjeux et processus, et oublier du coup la situation dans son ensemble. En d’autres termes : ne nous appliquons pas à accomplir un très bon travail en faisant les mauvaises choses ou les choses sans importance.
Et, si nos codes de conduite portent actuellement surtout sur diverses activités de marketing, nous aurons peut-être à les étoffer pour y inclure davantage d’activités et d’éléments pré- et post-commercialisation, tels que les études cliniques pré-homologation ou la tarification.
À l’instar du monde, l’industrie pharmaceutique fait face à des changements radicaux. Sommes-nous au diapason de notre époque? Nous vivons à l’ère de YouTube, des blogues et des sites Web, comme cafepharma, MedWorm ou PharmaGossip, où aucune information ne demeure inconnue et où une entière transparence est de rigueur, qu’on le veuille ou non. Il y a des médias spécialisés dont les reporters scrutent chaque geste de l’industrie. Et, de nos jours, ils obtiennent leurs informations de nombreuses sources, y compris les membres de votre congrès et vos employés.
J’ai pu lire un grand nombre de courriels confidentiels concernant ma propre entreprise sur Internet dernièrement, tout comme le reste du monde.
J’espère que cette conférence nous permettra d’établir une fois pour toute l’importance d’un code de conduite rigoureux, de partager et de promouvoir les meilleures pratiques et de cerner les questions d’ordre éthique que nous devrions nous poser maintenant.
J’en ai d’ailleurs quelques-unes à vous suggérer. Les amendes payées par les entreprises qui enfreignent le code doivent-elles continuer d’être administrées par nos associations sectorielles? Devons-nous être plus proactifs afin de faire connaître notre code de conduite aux médecins et au public? Wall Street encourage-t-il les comportements dysfonctionnels ou les médias ont-ils perdu les pédales, ou les deux? Exerçons-nous trop de pression sur nos chercheurs? Nous avons beaucoup de choses à discuter et une journée ne suffira pas.
Nous sommes parfaitement conscients que nous oeuvrons dans un environnement plus difficile – dans le cadre duquel nous sommes fréquemment confrontés à des atteintes à notre réputation. Nous puisons notre détermination dans le fait que nous avons un engagement inébranlable envers l’éthique et l’intégrité. Nous devons communiquer directement avec les intervenants pour regagner leur confiance, écouter leurs préoccupations et en tenir compte. Nous devons également nous employer à créer une plus grande ouverture à propos de nos activités. Il va sans dire que cela prendra du temps. Toutefois, notre réputation est notre actif le plus précieux, et nous savons que nous devons nous employer à la protéger et à l’améliorer avec la même énergie que nous mettons à obtenir des résultats financiers.
Et, comme le marin au large, nous ne pouvons dévier ne serait-ce que d’un degré de notre cap; sinon, nous n’atteindrons jamais notre destination finale.
Et cette destination finale est la confiance des intervenants et du public afin d’être en mesure de poursuivre nos activités. Comme les perceptions sont une réalité, nous devons souvent prendre des mesures extrêmes pour nous assurer que notre industrie ne perd de vue l’intérêt public. Merci de prendre votre rôle au sérieux et de votre apport positif à la société. Notre industrie est tout simplement trop importante pour la société. Il en va de notre responsabilité de veiller à ce que nous continuions à oeuvrer dans un environnement autoréglementé qui nous permettra de mettre au point de nouveaux traitements qui apporteront espoir et santé aux patients.
Merci.






